Projet Voilier 2018 : Témoignage d'un jeune

22/01/2019

Au mois d'octobre 2018, nous avons eu l'occasion de recueillir les impressions et le témoignage d'un des jeunes ayant participé au Projet Voilier organisé par Autrement Dit en partenariat avec l'asbl Chicon Pleine Mer. Le séjour s'était déroulé au mois d'avril de la même année. Afin de respecter notre secret professionnel et donc l'anonymat du jeune en question, nous l'appellerons Xavier.

Xavier a 15 ans lorsque Autrement Dit lui propose de participer au Projet Voilier. Comme beaucoup à cet âge-là, c'est un adolescent quelque peu introverti et c'est donc naturellement que sa première réaction fut d'hésiter. En effet, il n'a jamais été éloigné aussi longtemps de sa famille ; l'angoisse de partir toute une semaine, loin de chez lui et des siens remplace alors rapidement l'indécision qui le traverse. Ce sentiment vient davantage se renforcer lorsqu'il réalise que s'il veut participer au projet, il va devoir prendre l'avion, expérience qu'il n'a alors jamais vécue (pendant le vol, à l'aller, il se rappelle avoir été soulagé de se retrouver assis au milieu de la rangée et avoir pris soin, toute la durée du trajet, de ne pas regarder par le hublot). Il se souvient avoir été très stressé par cette perspective ; mais en même temps il perçoit rapidement qu'il s'agit là d'une occasion aussi unique qu'inattendue qui ne se représentera peut-être jamais. C'est donc à la fois impatient et angoissé qu'il finit par se lancer et accepte ce qui se présente déjà comme une épreuve mais aussi une opportunité.

Avant de partir, Xavier n'avait aucune attente particulière pour ce séjour ; il était juste impatient de rencontrer d'autres jeunes, avait le désir de passer un bon moment et de "profiter un maximum".

Le contact avec les autres adolescents fut d'abord timide et hésitant. Le premier soir, la vie en groupe fut des plus calmes et silencieuses. Chacun cherchait ses marques et peu osaient s'exprimer. Il fallut attendre de poser le premier pied sur le bateau pour voir les langues se délier et pour cause... Dans un premier temps, les jeunes furent presque "obligés" de se parler car les impératifs de la navigation et les manœuvres inhérentes à la bonne conduite de l'embarcation exigeaient une participation de tous et une communication sans détour ni hésitation. Petit à petit, de vrais échanges entre les jeunes se mirent en place et, très vite, les discussions se poursuivirent sur la terre ferme.

Pour Xavier, la surprise fut totale. Il ne s'attendait pas du tout à voir naître en lui un enthousiasme aussi grand pour la mer, le voilier et la navigation. Avant de partir, il n'avait aucun intérêt pour ces sujets et ne s'était jamais imaginé tenir la barre d'une embarcation. Et pourtant c'est ce qui se produisit lors de la journée de navigation la plus longue (plus de dix heures en mer au total) du séjour. Peu assuré au départ, Xavier fut rapidement mis en confiance par les accompagnateurs de Chicon Pleine Mer et, bien assez vite, il se retrouva seul avec le gouvernail en main. De ses propres mots il n'avait "jamais ressenti un sentiment de liberté aussi fort". Il n'eut cependant pas le temps de se laisser aller à ce vertige car la réalité et les responsabilités de la navigation (ainsi que les remouds de la mer) venaient imposer régulièrement un rappel au réel et à ses impératifs. C'est donc avec la tête dans les étoiles, les pieds dans les bottes et le cœur bien accroché que s'est déroulé cette première expérience de participation active de navigation.

Pour lui, la partie la plus difficile du séjour ne fut pas la première sortie en mer (où Xavier fit l'expérience totale du mal de mer), ni même de devoir se lever tôt, parfois à l'aube, pour préparer la journée sur le voilier (il se dit généralement être quelqu'un de plutôt matinal) mais bien l'un des repas fait à partir de spaghetti à la sauce tomate directement sortis d'une boîte de conserve. Globalement, il se dit donc plus que satisfait d'avoir participé au projet.

En effet, depuis son retour il affirme se sentir davantage en confiance dans la vie et beaucoup moins timide dans ses relations avec les autres (nous avons pu constater lors de l'interview que Xavier parvenait à soutenir le regard de son interlocuteur sans grandes difficultés).

Au moment de rentrer en Belgique, Xavier est porteur de sentiments mitigés : d'une part il est heureux à l'idée de retrouver les siens mais d'un autre coté, si le séjour avait été prolongé d'une semaine supplémentaire, il en aurait été très heureux ; il avait encore tellement de "choses à apprendre" sur la mer et la navigation.

Moins timide, plus confiant, Xavier affirme sans hésitation que cette expérience l'aide aujourd'hui à l'école dans ses relations avec les autres mais également au niveau de sa motivation. S'il ne devait garder qu'un seul souvenir, cela serait celui du jour de la navigation la plus longue (où il a pu tenir la barre pour la première fois) ; si tout ceci était à refaire, il n'hésiterait pas une seconde ; enfin, lorsqu'on lui demande s'il changerait quelque chose à cette expérience, sa réponse est expéditive : "rien du tout... il ne faut pas dire "non" tout de suite sans avoir essayé car tant qu'on n'a pas essayé on ne peut pas savoir ce qu'on va rater".